iPad : la surface de contrôle ultime ?

Tests - iPad


Le tactile… Cela fait un petit bout de temps que ce mot sonne comme une sorte de Graal ultime niveau ergonomie. Quelque soit le domaine d’ailleurs.

En audio, ce n’est pas nouveau, Jazzmutant a sorti il y a déjà quelques années l’inabordable Lemur, un beau joujou trop élitiste pour vraiment changer quoi que ce soit dans nos home-studios. Puis est arrivé l’iPhone et sa quantité infinie d’applications en tout genre. Certains y ont cru. Mais le côté presque totalement fermé et surtout l’écran beaucoup trop petit pour cet usage ont rendu l’objet totalement anecdotique pour l’audio. Certes il existe bien des séquenceurs, des boites à rythmes et autres mais levez la main ceux qui les utilisent ! C’est un bloc-notes et un dictaphone pratique pour ne pas perdre des idées mais c’est tout.

Avec l’apparition de l’iPad en particulier et des tablettes tactiles en général, les choses devraient certainement évoluer, pour plusieurs raisons. La première de celles-ci est bien sûr la surface bien plus importante que sur un smartphone, ça n’est plus un coup de bol que de toucher le bon pad – l’écran de l’iPad est presque 8 fois plus grand que celui de l’iPhone -.

Et les développeurs ne s’y sont pas trompés; si sur l’iPhone on trouvait grosso modo des adaptations de ce que l’on trouvait sur nos ordinateurs de bureau, sur l’iPad on trouve des applications qui prennent vraiment en compte cette nouvelle manière de travailler. Mais les développeurs ne pourraient rien faire sans un OS capable de faire tourner leurs meilleures idées. Ce n’est donc pas un hasard si les développeurs d’applications se tournent pour l’instant essentiellement vers l’iPad et l’iOS.

Pour m’arrêter quelques minutes sur Android, c’est clairement un OS d’avenir qui possède de nombreux atouts : il n’est pas associé à une marque, il peut être customisé par chaque fabricant, il est gratuit, etc. Mais pour ce qui est de la MAO, il est clairement à la traine. Pour l’instant, rien n’existe visant à faciliter le développement d’applications audio.

Bien sûr, des bidouilleurs ont sorti quelques applis sympas (Androidome par exemple) mais peu pratiques et rares. Avec la version 4.2 de iOS, il faut reconnaitre qu’Apple vient de frapper un grand coup. Et l’on sait très bien que dans ce genre de « guerre » les premiers à occuper le terrain prennent parfois une avance extrêmement difficile à combler pour les concurrents.

En quoi cet OS est-il si intéressant ? Parce que parmi toutes les nouveautés qu’il apporte, il y en a une sur laquelle Apple n’a pas vraiment communiqué mais qui va changer la manière d’appréhender l’iPad dans un home-studio ou même sur scène : le CoreMIDI. Je ne vais pas me lancer dans un exposé trop technique mais la bibliothèque CoreMIDI est un élément que connaissent les utilisateurs de Mac OS et qui permet, en théorie, de communiquer facilement avec tout appareil qui fonctionne en MIDI.

Concrètement cela vous autorise, toujours en théorie, à brancher tout appareil MIDI/USB à l’adapteur du kit de connexion appareil photo de l’iPad. Il y a même mieux ! Vous pouvez créer un « réseau MIDI » qu’il soit filaire ou WIFI. Sur Mac, ça ne pose aucun problème, cela est pris en charge directement par Mac OS, sous Windows, vous devez installer un pilote supplémentaire, pas de panique, c’est simple et cela marche très bien sur toutes les versions de Windows – de XP à 7, en 32 ou 64 bits -, allez voir le petit tuto ici : http://audiobusters.com/phpbb3/musique-assistee-par-ordinateur-f9/topic2184.html

Exit donc les pilotes un peu exotiques tels que DSMidiWifi ou les interfaces dédiées comme le Midi Mobilizer de Line 6. D’ailleurs à ce sujet, ils doivent bien enrager chez Line 6, ils misaient leur communication sur la « seule interface MIDI pour l’iPad », c’était le cas mais ça ne l’est plus, c’est même pire puisqu’apparemment leur interface n’est pas pour l’instant compatible avec le CoreMIDI, si cela ne le devient pas très vite, leur produit est tout simplement mort.

Attention, tout n’est pas rose pour autant au pays de l’iPad, la compatibilité avec les produits MIDI/USB semble assez aléatoire et la baisse de l’intensité du courant fournie par le port de l’iPad depuis l’OS 4.2 n’est pas sans poser de problèmes. Pour être sûr de ne pas avoir de surprise, je vous invite à regarder la liste qu’a commencé à dresser le site iosmidi.com et qui recense les interfaces qui fonctionnent et les autres.

Mais il faut avouer que le MIDI en WIFI avec l’iPad, c’est vraiment un bonheur à utiliser. Etre avachi dans son fauteuil, tapoter nonchalamment sur l’écran tactile pour modifier la séquence qui tourne sur votre ordinateur, c’est jouissif.  Pour ce qui est de la latence, elle est imperceptible,  elle tourne en général en dessous de 10 ms. La stabilité est excellente également, à vue de nez, lorsque j’envoie des notes MIDI par l’iPad, j’ai une erreur toutes les 1000 notes environ donc rien de rédhibitoire.

Néanmoins, il ne faut pas se leurrer et il faut vraiment aimer le funambulisme pour utiliser le WIFI en live. Personnellement il me semble que le WIFI est à réserver pour le studio, dès que l’on passe sur scène, une interface filaire parait indispensable.


Après avoir fait ce petit tour d’horizon des possibilités que nous offre l’iPad, regardons de plus près quelques applications qui prennent justement en compte ces caractéristiques.

Dans ce dossier, je me suis cantonné aux logiciels qui permettent de faire du contrôle en MIDI. Il existe aussi des synthétiseurs et autres expandeurs pour l’iPad, cela fera peut-être l’objet d’un autre dossier mais c’est vraiment dans l’émission de messages MIDI que l’iPad a sans doute le plus de choses à nous apporter. C’est aussi pour cela que je ne parlerai pas de touchAble - logiciel génial dédié à l’utilisation exclusive d’Ableton Live – ni de touchOsc.

Un mot néanmoins sur ce dernier. TouchOsc, comme son l’indique fonctionne sur le protocole OSC qui est une sorte d’alternative, relativement récente, au MIDI. Sur le papier, c’est très chouette mais en pratique, peu d’outils utilisent encore ce protocole et l’utilisation de TouchOSC vous oblige par exemple à passer par Pure Data. Il faut admettre que si cette solution est puissante, elle est vraiment destinée aux audio geeks les plus pointus. Hors le but de ce dossier est de montrer comment utiliser simplement l’iPad.

Midi Monitor :


Ce petit utilitaire gratuit est très pratique, il permet de tester la réception et l’envoi de messages midi. Vous pourrez ainsi facilement voir si votre interface va fonctionner avec votre iPad ou non.

StepPolyArp :


 


Voici le premier gros morceau de ce dossier. Le StepPolyArp, développé par un français, Laurent Colson, est comme son nom l’indique un arpégiateur polyphonique. Si je devais garder un mot pour le définir, ce serait « surpuissant ». Presque rien ne manque à cette application indispensable. Vous bénéficiez de 32 pas, de tous les modes classiques d’un arpégiateur (up, down, up and down, etc), de la possibilité d’un arpège jusqu’à 4 octaves etc.

Mais le logiciel va bien plus loin. Chaque « évènement » de l’arpège peut durer un ou plusieurs pas, chacun de ces évènements peut agir selon trois manières, classique, en reprenant la note précédente ou en revenant au début de l’arpège. Rien que cela permet déjà les arpèges les plus fous.
 


Mais ce n’est pas tout. Vous pouvez choisir les intervalles selon lesquels les notes vont se déployer, ces intervalles seront « arrondis» à la gamme que vous aurez choisie. En effet tous un tas de gammes et de modes sont pris en charge vous évitant ainsi les fausses notes. Simple et brillant ! Vous bénéficiez également d’une automation – toujours sur 32 pas – des paramètres de vélocité, modulation, panoramique, volume, aftertouch et pitchbend !

Et tout ceci bénéficie d’une réalisation exemplaire, c’est certainement l’application la plus aboutie de ce dossier, l’utiliser sur l’iPad est un bonheur, seule la manière de supprimer un élément ne m’a pas vraiment convaincu. Sinon vous pouvez bien sûr enregistrer vos presets et les partager via itunes et, cerise sur le gâteau, vous bénéficiez d’un undo sur 128 actions !

Un must have, vraiment ! La seule chose qui lui manque selon moi serait la possibilité de travailler sur moins de pas, on n’a pas toujours besoin de 32 pas. Mais pour le reste, c’est du tout bon.

A noter que cette appli ne prend pas encore en charge le CoreMIDI mais la mise à jour en approche corrigera ceci sans souci.

Pianist Pro :


 


Voici une application à la philosophie totalement différente, elle fait pas mal de choses en se cantonnant aux basiques de celles-ci. Vous avez à votre disposition plusieurs modes de claviers, les deux premiers (un clavier simple et un autre double type orgue) n’ont que peu d’intérêt, un écran tactile n’ayant pas pour but de remplacer un clavier maitre.

Ces modes trouvent leur intérêt dans le fait qu’on puisse enregistrer en MIDI dans le soft, cela en fait un bloc-notes à mélodie idéal, on dispose même de plusieurs sonorités, histoire de. Le dernier mode est plus intéressant vu qu’il présente uniquement les notes en fonction d’une gamme choisie, c’est parfait pour faire un petit solo sans faire de fausses notes.

 


Pour le reste le soft dispose de fonctions plus ou moins pertinentes. L’arpégiateur, basique, est agréable et pratique vu qu’il envoie toutes les notes en midi. Le délai – appelé « retard »… - n’a que peu d’intérêt puisqu’il reste interne au logiciel. A noter un tap tempo – appelé « touchez tempo », la traduction google c’est bien mais bon… -, c’est plutôt chouette comme fonction mais cela le serait encore plus avec une synchro midi.

Vous disposez enfin d’une boîte à rythme qui est elle vraiment ratée. Elle est très limitée et le step séquenceur n’est pas pratique du tout. Au final cette application fait sans doute trop de choses mais quelques fonctions sont vraiment pratiques et ne se trouvent pas ailleurs, au moins de manière aussi simple.

 




Midi Touch :


 


Cette application du même éditeur que Midi Monitor est tout simplement formidable. Elle permet ni plus ni moins que de créer ses propres surfaces de contrôle ! L’éditeur est enfantin à utiliser, tout fonctionne par glisser-déposer. Vous avez à votre disposition, des pads xy, des pads qui envoient des notes midi, des switchs (momentanés ou on/off), des potentiomètres linéaires et des potentiomètres rotatifs. Chaque élément est bien sûr personnalisable : vous pouvez choisir le numéro de contrôleur affecté, la plage d’action, la taille de celui-ci etc.

Un principe d’aimantation des contrôleurs permet d’avoir très rapidement quelque chose de propre et de bien rangé. Vous pouvez bien sûr sauvegarder vos templates et les rappeler avec un contrôleur dédié.  Je m’explique : vous pouvez sur votre template mettre un bouton qui permet de sauter vers une autre template, pour le live c’est tout simplement terrible !

Une template par morceau avec chargement quasi instantané ! Quel autre contrôleur vous permet cela ? Et bien sûr le multitouch de l’iPad est une bénédiction pour cette application. Pour parfaire les choses, vous avez plusieurs vues possibles, d’une « classique » à des choses très épurées idéales pour le live – d’autant plus que la luminosité est réglable dans l’appli -. Le deuxième must have de ce dossier.

 


A noter que la dernière mise à jour ne corrige toujours pas le bug un peu agaçant du spot qui sort du carré pour le pad xy lorsque l’on souhaite agir uniquement sur une fraction de la course. Ce n’est pas dramatique mais ce serait pas mal que cela soit vite corrigé.

Aurora Sound Studio HD :


Cette application est un peu particulière dans ce dossier étant donné qu’elle ne génère pas de flux MIDI en temps réel. Et qu’est-ce que c’est dommage ! On peut certes exporter son travail en un fichier MIDI mais c’est tout de suite moins drôle que de piloter un VSTi en WIFI. C’est d’autant plus navrant que cette application est formidable, ce n’est ni plus ni moins qu’une émulation du Tenori-On de Yamaha. Pour ceux qui ne connaissent pas cet instrument, c’est une sorte de step-séquenceur 16 pas sur 16 hauteurs différentes -14 sur le soft-.

Mais c’est surtout un formidable jouet au sens noble du terme. Les effets visuels et l’immédiateté de l’engin en font un véritable outil de création. Je vous invite à aller voir sur Youtube les innombrables videos montrant les capacités de celui-ci. Le seul problème du Tenori-On, c’est son prix : 649 euros pour la version de base… Et là pour 32 euros vous avez l’équivalent, voire mieux !

 


Tous les éléments de l’original sont repris avec les différents modes play, record, song etc. Vous avez également à votre disposition des effets plutôt pertinents même si d’une qualité lambda et une console de mix complète et pratique –vous pouvez avoir jusqu’à 14 pistes simultanées -. La grande force de ce logiciel est le fait de pouvoir importer ses propres samples via itunes. A partir de là, les possibilités sont quasi infinies. C’est vraiment un pur plaisir que de jouer avec, c’est même dangereux, on ne voit pas le temps passer. Si seulement le soft générait un flux MIDI ! Une mise à jour svp, vite !

Molten :


Je termine avec mon chouchou. Au premier abord, il s’agit d’une boite à rythme tout à fait banale. Step séquenceur 16 pas sur 8 pistes, rien de révolutionnaire. Mais déjà, le fait de pouvoir piloter un VSTi en temps réel avec est super agréable, on se rend compte qu’un step séquenceur s’accommode parfaitement bien du tactile, c’est même sans doute le meilleur moyen pour programmer un rythme, tout se fait si facilement ! Mais surtout, Molten a incorporé une fonction absolument géniale – et je pèse mes mots – qui fait du logiciel une tuerie sans concurrent.

Vous pouvez diviser chaque temps en 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8 ou 9 ! A vous les grooves de folie ! Et ce n’est pas figé pour tout un pattern ou même une piste, non, chaque temps peut-être divisé à votre guise ! Un premier temps divisé en 5 puis un autre en 3 avant d’en mettre un troisième en 7 pendant qu’une autre piste a tous ses temps divisé en 6… C’est extraordinaire, vraiment ! La meilleure idée dans un soft MAO toutes plateformes confondues depuis des lustres selon moi ! Une fonction swing vient en plus parfaire le tout.

Et le tactile rend tout ça si simple ! Jamais une boite à rythme hard ne sera aussi souple et la souris limitera aussi les possibilités, forcément. Cerise sur le gâteau, chaque évènement peut avoir sa propre vélocité que l’on modifie très simplement en touchant l’évènement et en glissant son doigt vers le haut ou le bas.

 


Ce n’est pas tout ce qu’il y a à dire sur Molten, il reste des fonctionnalités très intéressantes. L’export audio ou midi en est une. L’import de ses propres samples en est une autre. Surtout que l’édition des samples est assez poussée, vous avez à votre disposition des filtres, des enveloppes, des EQ, un bitcrusher, etc. Ainsi que des effets "master".

 


Il ne manque rien ? On pourrait dire que non mais un tel niveau nous rend exigeant et l’on se dit qu’un tap tempo avec synchro midi serait merveilleux. Je vais en toucher deux mots au développeur, un australien très sympathique qui plus est. Je croise les doigts. En attendant cette application est totalement indispensable pour qui pratique la musique et a un iPad !


J’ai également testé TrixMix 2 pour ce dossier mais je préfère ne pas m’étendre dessus tellement l’application est inintéressante.





Conclusion


On voit bien que si les logiciels ne sont pas encore légions, ceux qui existent déjà peuvent quasiment justifier à eux-seuls l’achat d’un iPad. Avec le modèle de base plus toutes les applications citées ici, le tarif est de moins de 600 euros, c’est certes une somme mais lorsque l’on voit les chemins que cela nous permet d’emprunter, c’est vite intéressant, sans compter que l’iPad vous permet aussi bien d’autres choses.

L’iPad raccourcit véritablement la distance entre votre cerveau et le résultat final et en 2010 c’est certainement là qu’on a encore le plus de progrès à faire.

Les tarifs et les liens :

MIDI Monitor : gratuit

StepPolyArp : 11.99$

Pianist Pro : 9.99$

MIDI Touch : 14.49€

Aurora Sound Studio HD : 39.99$

Molten : 12.99$

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