
Quand une nouvelle entreprise française débarque dans le monde du matériel audio avec un effet difficile à décrire, une sorte de bitcrusher gonflé aux hormones, mais terriblement excitant sur le papier, il était impossible pour nous de pas nous y intéresser. Le test du Biscuit est là, à table !
Alex Gopher, Etienne de Crecy, Air, Trent Reznor (Nine Inch Nails), Martin Gore (Depeche Mode), Matthew Bellamy (Muse), Linkin Park (ils en ont même commandé 5) en sont fan. De quoi donc ? Du premier bébé d’un nouveau fabricant français, Oto Machines, qui, avec le Biscuit, fait une entrée fracassante dans le monde un peu plan-plan du hardware musical. Avouez qu’avec une liste d’utilisateurs pareille, cela mérite qu'on se penche sérieusement sur l’objet !
Biscuit est beau !
Oto Machines, c’est deux hommes, deux amis dont l’un est déjà connu de ces pages puisqu’il s’agit de Stéphane « Alf » Briat. L’autre, c’est Denis Cazajeux que l’on peut retrouver derrière des enregistrements pour Tanger, Overhead, M, etc. Mais c’est surtout deux passionnés bourrés d’idées et qui se sont retroussés les manches pour les mettre en forme. Biscuit est la première concrétisation de ce fourmillement d’idées.
La première chose qui vient à l’esprit lorsque l’on a Biscuit dans les mains, c’est que son design est parfaitement réussi. Sur une coque toute en métal (on se dit que l’on aurait peut-être apprécié un millimètre supplémentaire pour l’épaisseur de la coque mais après tout, ce n’est pas une pédale), une sérigraphie sobre et de bon goût permet de comprendre assez rapidement les principes de bases de la machine. Ce design épuré et très réussi n’est pas surprenant puisqu’il a été confié à h5 à qui l’on doit notamment l’exceptionnel Logorama.
Rien n’est laissé au hasard sur Biscuit, les potentiomètres ont été dessiné pour l’occasion et c’est une réussite, ils sont très agréables à utiliser et assez espacés pour ne pas se gêner les uns les autres. Pour les pads, c’est la même chose, Denis et Stéphane se sont permis de faire faire leurs propres pads et là encore, c’est peut-être un détail mais c’est cette somme de petits détails qui fait de Biscuit un véritable « jouet » au sens noble du terme; on a envie de s’amuser avec, de le toucher et de tourner les boutons. Les petites lumières de toutes les couleurs dont on apprend très vite la signification rajoute au côté ludique de la chose. C’est là la première grande réussite de Biscuit.
Pour terminer sur la fabrication, il faut tout de même souligner que tout est fait en France, absolument rien n’est délocalisé et pourtant Biscuit ne se contente pas de mettre bout à bout deux/trois composants. Avec sa conception en double mono, ce n’est pas moins de 350 composants qui sont mis en œuvre. Et tout est monté et testé dans un atelier sur Paris, les cartes tournant un certain temps avant que Biscuit ne soit définitivement prêt à livrer.

Une carte de biscuit.
Biscuit est bon !
Mais c’est quoi Biscuit ? Comme je le disais en introduction, Biscuit est un bitcrusher, mais une fois que l’on a dit ça, on n’a à peu près rien dit…
On commence déjà par un gain d’entrée nommé Drive qui est tout sauf anecdotique, il ne faut pas hésiter à faire « saturer » l’entrée, on obtient une sorte de petit overdrive et de légère compression qui déjà donne une identité au son de Biscuit.
Pour le gros morceau, le concept de base est assez simple, le signal entre d’abord dans des convertisseurs 8 bits, on verra un peu plus loin ce qu’il se passe dans cette section numérique. Après reconversion et avant la sortie, le signal passe par un filtre analogique à deux pôles (pente de 12 dB) et multimode (passe-bas, passe-bande et passe-haut). Ce filtre conçu par Denis est une vraie réussite, il apporte indéniablement un grain au signal et permet de calmer un peu les distorsions violentes qui peuvent venir de la section numérique de Biscuit. La résonnance nommée Q est volontairement assez douce. Il ne faut pas chercher ici l’auto-oscillation, vous ne l’aurez pas. Ce n’est pas le but de ce filtre mais cette résonnance est par exemple très efficace en mode passe-haut pour rajouter du grave. Le grain de ce filtre est tellement sympathique qu’on en vient à regretter de ne pas pouvoir l’utiliser sans passer auparavant par la section numérique. On possède bien un paramètre dry (nommé Naked) et un paramètre wet (nommé Dressed) mais pas de possibilités de routing autres.
Regardons maintenant ce qu’il se passe dans cette fameuse section numérique qui fait toute la singularité du Biscuit. L’idée de base était de retrouver le grain des tous premiers sampleurs qui possédaient une vraie personnalité sonore. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que Biscuit a un sacré caractère. Le cœur de la section numérique a été joliment nommé par ses concepteurs le biscuiting -biscuitage dans le manuel français, avouons que c’est mignon-. J’ai beau cherché dans mes souvenirs, ce concept de biscuiting me semble unique.
Le principe est simple, vous avez donc votre signal 8 bits et chaque bits est représenté par un des 8 pads présents en bas de Biscuit. Lorsque la lumière du pad est blanche, le bit est laissé à l’identique, un appui sur le pad, il devient rouge et le bit est inversé (si c’est un 1 il devient 0 et vice-versa), encore un appui sur le pad, celui-ci s’éteint et le bit est enlevé, on passe alors à 7 bits. En pratique, cela nous donne des possibilités quasi-infinies. Si vous voulez un signal 4 bits par exemple, vous pouvez l’avoir de plein de manières différentes, vous enlevez 4 bits au choix parmi les 8 et vous vous rendrez compte qu’à chaque fois le résultat sera différent. Vous inversez tous les bits et vous obtenez un signal hors-phase, le dosage du Naked et du Dressed devient alors très intéressant… Tout ce petit jeu sur les bits permet de se rendre compte qu’il existe des bits faibles (les premiers) dont la suppression aura pour effet de rajouter un peu de bruit numérique et des bits forts (les derniers) dont la suppression occasionnera pour le coup des distorsions numériques bien plus violentes. Pour terminer sur ce côté bitscrushing, un paramètre clock permet de réduire la fréquence d’échantillonnage (de 30 khz à 250 hz).
Rien que cette fonction de biscuiting associée au filtre permet de sortir des sons très divers, avec une vraie personnalité, beaucoup de caractère. Attention tout de même, Biscuit ne fait pas dans la dentelle, le son est souvent brut, violent, il ne laisse pas indifférent mais c’est là tout l’intérêt de ce produit.

Un ancêtre de Biscuit entièrement fait par Denis et qui embarquait des possibilités de sampling, ça fait rêver non ?
Pour autant Biscuit en offre encore plus avec des effets numériques judicieusement choisis pour aller encore un peu plus loin dans les expérimentations sonores.
Le premier de ces effets est un waveshaper avec 8 formes d’ondes. Je ne vais pas vous détailler précisément ces 8 formes d’ondes (y’a un manuel pour ça) mais on y trouve par exemple de quoi faire des distorsions différentes de ce qu’on peut faire avec le biscuiting - à l’octave inférieure ou supérieure par exemple -. Les trois derniers modes du waveshaper sont des oscillateurs qui suivent le signal d’entrée. Si ces oscillos sont plutôt destinés à être utilisés sur des sons mélodiques, essayez d’envoyer un kick dedans et vous vous retrouverez avec une sacrée ligne de basse ! Personnellement j'en suis fan.
On trouve ensuite un délai numérique assez classique, avec tap tempo et et synchro midi tout de même, si ce n’est que, comme dans les vieux délais numériques, le temps de délai est modifié en faisant varier la fréquence d’échantillonnage ce qui donne à ce délai un son numérique très prononcé mais surtout une identité forte.
Il en est de même pour le pitchshifter, c’est sale, ça craque, c’est beau !
Le dernier effet présent sur la version initiale de Biscuit est un petit peu différent puisqu’il s’agit d’un step filter. Pour le coup, on contrôle bien sûr le filtre analogique et plus précisément sa fréquence. A vous les modulations de filtre en tous sens, une nouvelle fois, la synchro midi est bien sûr présente ici aussi.
Cerise sur le gâteau, la dernière update proposée par Oto Machines nous propose 4 effets supplémentaires, je vous recommande particulièrement le vibrato qui est excellentissime et un envelope filter un peu particulier qui mérite d’être découvert !
On voit d’ailleurs là tout le soin qu’apporte Oto Machines au suivi de ses produits et on peut espérer pour la suite d’autres mises à jour toutes aussi intéressantes.
Pour ce qui est du côté administratif de Biscuit, tout est présent bien sûr. Chaque paramètre est contrôlable en midi - et avec des simples Control Change -, on a la possibilité de sauvegarder 16 presets (et plus encore grâce au dump MIDI), on peut choisir son canal, filtrer les types de messages, etc.

Un autre ancêtre plus proche de la version finale
Biscuit sonne !
Vous l'aurez compris, Biscuit a un son qui lui est propre et le moins que l’on puisse dire, c’est que ce son est enthousiasmant. Il est vivant, ça grouille, ça se coince, ça couine, ça craque… Denis et Stéphane ont tout compris au mélange du numérique et de l’analogique et c’est ce qui fait la force de cette machine. Comme je conçois avant tout Biscuit comme quelque chose de ludique, pour les exemples musicaux suivants, peu importe que tel son soit obtenu avec le potard Dressed à 15 heures, les bits 3 et 4 inversés, etc. Chaque son est surtout obtenu en s’amusant et en expérimentant et c’est là l’essence même de l’appareil. Je dirai simplement que vous trouverez pour chaque exemple au début le son sans Biscuit puis le son avec Biscuit :

Le tout premier bitcrusher fait par Denis… dans un beurrier !
Conclure sur Biscuit !
Oto Machines déboule dans le petit monde du hardware audio avec un appareil réellement singulier, ne cherchez pas de concurrent, il n’y en a pas. Je peux vous assurer que l’on peut passer des heures avec Biscuit sans s’ennuyer tellement il est ludique et que le son est là. Pour un premier essai, c’est un coup de maitre ! Il n’y a rien de honteux à le trouver cher, 550 euros c’est une somme, néanmoins, au regard des prestations, le prix trouve sa justification à mon sens, ne serait-ce que parce qu’il est double mono. Maintenant, on va surveiller de très près cette petite - pour l’instant - boite française car mon petit doigt me dit qu’on continuera à en entendre parler !
Les + :
- Biscuit sonne terriblement bien
- Biscuit est très agréable à utiliser, tout est quasiment sous les doigts
- Biscuit est joli et bien fini
Les - :
- On aurait tout de même aimé pouvoir utiliser le filtre analogique sans la conversion 8 bits.
Nom : Biscuit
Fabricant : Oto Machines - http://www.otomachines.com
Type : multi-effet analogique/numérique stéréo
Prix : 529 euros TTC
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